〈Gunche〉 : Jeon Ji‑hyun — « On n’est jamais déçu par les œuvres de Yeon Sang‑ho »

〈Gunche〉 affiche
〈Gunche〉 affiche

De retour après onze ans, et, comme le dit le réalisateur Yeon Sang‑ho, « une actrice de cinéma ». L'actrice Jeon Ji‑hyun tient le rôle de Kwon Se‑jeong dans 〈Gunche〉. Elle réapparaît ainsi devant le public pour la première fois depuis 〈Assassination〉 (2015). Dans ce film, où une multitude de personnages se retrouvent confinés dans un immeuble isolé par les actes terroristes d'un génie biologiste, Jeon Ji‑hyun incarne la professeure de bio‑ingénierie Kwon Se‑jeong, qui lutte pour survivre. Tantôt vacillante, tantôt acérée, elle porte le film par une interprétation juste de ce personnage central. Rencontrée le 26 mai dans un lieu du district de Jongno à Séoul, l'actrice est revenue sur 〈Gunche〉. Elle confiait, « Je n'ai pris ma première journée de repos qu'hier, depuis notre retour de Cannes », tout en soulignant la responsabilité qu'elle ressent : « L'important, c'est que le film marche bien. » Voici son récit de 〈Gunche〉 dans nos colonnes.

※ La suite de cet article contient des révélations sur 〈Gunche〉.


Jeon Ji‑hyun (fourni par le photographe Kim Shin‑ae)
Jeon Ji‑hyun (fourni par le photographe Kim Shin‑ae)

Vous avez beaucoup de spectateurs ce week‑end. Y a‑t‑il des éléments sur lesquels vous avez travaillé et que le public semble avoir remarqués ?

〈Gunche〉 se situe dans un genre familier, mais il se distingue par son récit inédit. Le public semble apprécier cet angle et me le fait souvent remarquer, ce qui me réjouit. Kwon Se‑jeong tient le centre du récit et transmet l'histoire : c'est agréable d'entendre que les spectateurs ont perçu cela.

Vos rencontres avec le public après les projections semblent très appréciées.

Ces rencontres après les projections sont vraiment agréables (rires). Étant donné que je n'ai pas souvent l'occasion de croiser ou d'échanger avec le public, ces moments sont précieux. Nos spectateurs coréens ont un comportement très respectueux et courtois. Depuis la scène, on distingue bien la salle : lire les cartes de messages est un plaisir. Il y en a beaucoup pour Koo Kyo‑hwan et Ji Chang‑wook, donc ça doit être difficile à lire ; moi, j'en ai moins, donc j'ai davantage de facilité à les voir (rires).

Le personnage de Kwon Se‑jeong a une forte personnalité. Comment avez‑vous abordé ce rôle ? Et les nombreuses répliques explicatives : sur quoi avez‑vous insisté ?

Plutôt que de faire de Kwon Se‑jeong un personnage exceptionnel, je souhaitais que ses choix correspondent aussi à ceux du public. Je l'ai évoqué avec le réalisateur : j'espérais que les spectateurs réfléchissent et comprennent. Pour les répliques explicatives, il fallait que je les comprenne pour pouvoir les transmettre. J'en ai beaucoup parlé avec Yeon Sang‑ho, spécialiste du zombie coréen et véritable « père du zombie » (rires). En tant qu'expert, il m'a expliqué les choses et j'ai veillé à les comprendre précisément avant de les rendre au public.

Vous êtes réputée pour vos scènes d'action, or il y en a peu dans le film.

C'est vrai, ça m'a manqué. Certains trouvaient difficile à croire qu'une professeure de bio‑ingénierie réalise des prouesses physiques. J'ai donc limité les scènes d'action et évité les mouvements trop spectaculaires, même lorsque j'en faisais.

Jeon Ji‑hyun (fourni par Showbox)
Jeon Ji‑hyun (fourni par Showbox)

Avez‑vous parlé avec le réalisateur d'une éventuelle suite ?

Le réalisateur n'a pas manifesté d'intention particulière d'en faire une suite. C'est un cinéaste prolifique qui a beaucoup parlé de ses prochaines réalisations, mais rien n'est encore décidé. Pour moi, ce serait un honneur de travailler sur un film de Yeon Sang‑ho : il regorge d'idées. Il ne semble jamais à court de sujets et il est précieux pour les acteurs et pour l'industrie. Il explore différents genres et formats, ce qui multiplie les opportunités pour les comédiens. Sa patte est très affirmée.

Le réalisateur a déclaré que vous souhaitiez tourner un vrai film d'action. Est‑ce exact ?

Que ferait‑il sans moi ? (rires) Comme je le répète souvent en interview, travailler avec ce réalisateur est un honneur en soi : j'aimerais pouvoir tout faire.

Le réalisateur a dit avoir beaucoup œuvré pour vous convaincre et avoir demandé à son entourage de vanter vos qualités. Est‑ce exact ?

Même sans ces efforts, j'avais vu toutes ses œuvres précédentes et il y avait déjà un projet qui me donnait envie en tant qu'actrice. Dès que le scénario est arrivé, avant même de l'avoir lu, j'ai su que je voulais y participer. Sans doute a‑t‑il dit cela sur le ton de la plaisanterie.

Vous admiriez déjà Yeon Sang‑ho. Comment était‑il sur le plateau ?

Les films du réalisateur ont tous une couleur particulière. Je me demandais s'il ne serait pas exigeant. En réalité, il est très lumineux et a beaucoup d'humour. Le tournage a été extrêmement agréable. Arrivée à l'heure, départ à l'heure : c'était l'un des meilleurs environnements de travail. Son univers est si net que, pour un acteur, c'est confortable : on peut se reposer sur sa vision. Le plateau était agréable, jouer était plaisant, et on ne peut pas être déçu du résultat des œuvres de Yeon Sang‑ho. 〈Gunche〉 est réussi. C'est pourquoi de nombreux acteurs reviennent travailler avec lui.

Vous êtes familière des zombies, mais comment la notion de conscience collective, de « colonie », vous est‑elle apparue à la lecture ?

Ce qui m'a plu dans 〈Gunche〉, c'est la différence avec le zombie traditionnel. Les zombies classiques sont des individus hors de contrôle ; ici, ils évoluent en réseau et se déplacent en essaim, ce qui est fascinant. En même temps, j'aime la manière malicieuse dont le réalisateur glisse un message d'alerte sur la tendance des humains modernes à confier entièrement leur pensée à l'IA.

〈Gunche〉
〈Gunche〉

Le personnage de Kwon Se‑jeong est très réservé. Comment avez‑vous travaillé cette retenue ?

Je ne voulais pas que Kwon Se‑jeong apparaisse comme quelqu'un d'exceptionnel. Dans cette situation chaotique, l'essence humaine se révèle, et Kwon Se‑jeong garde son centre : elle impose ses convictions. Le message du film s'inscrit dans ces choix et le fait que le public suive ce cheminement est, pour moi, l'essentiel de l'interprétation de Kwon Se‑jeong.

Kwon Se‑jeong représente la minorité et l'individualité ; elle porte aussi le message du réalisateur. Vous, personnellement, où vous situez‑vous ?

Je ne supporte pas l'injustice. Je ne peux pas rester sans rien faire. Au début, je me suis demandé si le rôle n'était pas excessivement vertueux. (La relation impliquant Gong Seol‑hee — interprétée par Shin Hyun‑bin — et Kwon Se‑jeong, dans la configuration ex‑épouse/épouse actuelle, est également particulière) C'est un dispositif amusant. Au départ, je me demandais si cette configuration inconfortable était nécessaire, mais le fait que des personnages se retrouvent dans un même espace en poursuivant un objectif commun est un ressort que le public trouve divertissant et propice au débat. Les interprétations peuvent être variées.

Quel a été votre rapport aux zombies sur un plan pratique ? Cela a dû être éprouvant physiquement.

J'avais déjà une expérience des zombies avec 〈Kingdom: Ashin of the North〉. J'avais aimé 〈Kingdom〉, et participer à cet univers m'avait enthousiasmée. Sur le plateau, j'ai pris des photos avec les comédiens zombifiés. Pour 〈Gunche〉, beaucoup de rôles de zombies étaient tenus par des danseurs contemporains ; le travail collectif et structuré a rendu leur interprétation sidérante. J'ai beaucoup appris sur l'utilisation du corps et l'expression. Je m'étais préparée physiquement pour tenir la cadence d'un film de zombies.

Du point de vue d'une actrice, qu'est‑ce qui vous a le plus intéressée dans ces zombies ?

Le cinéma offre avant tout de nouvelles expériences. Ce film casse les codes du zombie tels qu'on les connaissait et insère à la place une intuition qui interroge notre époque. Plutôt que d'analyses ardues, j'espère que le public viendra ressentir cette énergie nouvelle directement en salle.

Scène du film '〈Gunche〉' (fourni par Showbox)
〈Gunche〉
Seo Young‑cheol interprété par Koo Kyo‑hwan (à gauche), Choi Hyun‑seok interprété par Ji Chang‑wook

Comment s'est passée la relation de jeu avec la star montante Koo Kyo‑hwan ?

Nous avons été les deux acteurs à passer le plus de temps sur le plateau (rires). Nous avons donc fini par nous lier d'amitié. Koo Kyo‑hwan a du sens et, lorsqu'on lui propose une idée, il réagit tout de suite : « Et si on faisait comme ça ? » C'est stimulant. Nous avons créé une belle synergie. Koo Kyo‑hwan est drôle et fait beaucoup d'efforts pour amener du comique de situation ; j'apprécie ça.

Et Ji Chang‑wook, avec qui vous tournez actuellement 〈Human X Gumiho〉 (titre provisoire) : quelle relation aviez‑vous sur 〈Gunche〉 ?

Sur 〈Gunche〉, nous n'étions pas très proches. Nous n'avions pas de scènes directes ensemble et étions occupés chacun de notre côté, donc peu d'occasions d'échanger. Et puis, il meurt tôt… (rire général) Ji Chang‑wook m'a dit qu'il avait vu le film pour la première fois à Cannes. Après la projection, il s'est exclamé : « Hein ? Je sors plus longtemps que je ne pensais ! » (rires) Comme nous n'avons pas eu beaucoup d'occasions de parler, nous n'étions pas proches ; aujourd'hui, en revanche, nous sommes très amis. Après que nous nous sommes rapprochés, revoir le film à Cannes m'a donné l'impression que Ji Chang‑wook jouait aux côtés d'une autre personne. Si nous avions joué ensemble dès le départ, cela aurait été différent.

Jeon Ji‑hyun (fourni par Showbox)
Jeon Ji‑hyun (fourni par Showbox)

Avez‑vous un épisode particulier à Cannes ?

La ville de Cannes a une atmosphère de fête. Pour les professionnels du cinéma, c'est un lieu quasi mythique. Tous les acteurs et réalisateurs étaient très excités ; le temps était splendide. Cette ambiance et cette vibration étaient formidables, même sans anecdote particulière. C'était ma première invitation à Cannes avec un film coréen. Avant, j'y étais venue comme ambassadrice ou avec des films étrangers. Vivre Cannes avec un film coréen, c'était une première : tout cela avait une saveur nouvelle. Le tapis rouge était entièrement pour nous et j'ai pu en profiter sereinement. Le temps qui nous était accordé m'a permis de me détendre et de savourer l'instant. C'est ainsi que, avec Koo, nous avons fini par nous amuser à prendre une pose bras grands ouverts. Le réalisateur a lancé : « Il ne faudrait pas s'habituer à Cannes. » J'étais déjà ravie d'être invitée ; si le film avait été sélectionné en compétition, cela aurait été encore plus merveilleux. J'ai aussi pu faire une accolade au réalisateur Park Chan‑wook. Normalement, à cette cérémonie, seul Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, est présent, mais Park Chan‑wook, en tant que président du jury, a pris le temps d'assister. Sa présence était une grande fierté pour nous, Coréens.

※ L'entretien de Jeon Ji‑hyun sur 〈Gunche〉 2e partie suit.

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